Le Merle, Arthur Kelt

Notice bibliographique

Le Merle / Arthur Keelt ; trad. de l’Allemand (Autriche) par Jean-Bernard Pouy – Nantes : l’Atalante, 2002. – 173 p. ; 18 cm. – ISBN 978-2-84172-749-0 (br.) : 12,50 EUR.

Résumé

Un sombre soir, à Paris, dans l’un de ces nombreux débats où des « spécialistes » ergotaient sur les différences entre le roman noir et le roman « blanc », un type mystérieux dans le public s’est levé, outré, offusqué, déclarant : « N’importe comment, il n’y a qu’une littérature, c’est la littérature allemande ! » Et, digne, impérial, il a disparu.
J’étais saisi, coincé, aplati par la sentence. Ce soir-là j’ai décidé de prendre place, un jour, sur un rayonnage de librairie spécialisé dans cette fameuse et fumeuse « littérature allemande »…
Ainsi est né Arthur Keelt (Klagenfurt, Autriche, 1902 — Paris, 1982) et son unique et bref récit, Le Merle (Die Amsel), écrit en 1954 dans les montagnes de Styrie…
Selon Jean-Bernard Pouy, il se voulait un bouddhiste atypique. Peut-être doit-il à cette disposition d’esprit une écriture toute de simplicité et qui parfois atteint la grâce, ainsi qu’une rare hauteur de vue (2277 m).
« Vous êtes décidément trop nuls, néfastes et dangereux. On repart prendre du matériel et on revient vous péter la gueule. » (Source : Le Merle, J.-B. Pouy, site éditeur)

Note de lecture

[Publication originale le 11 mai 2002 sur le site MauvaisGenres.com rubrique : Portraits et commentaires, sous le titre : Arthur Keelt vs Jean-Bernard Pouy]

Arthur Keelt vs. Jean-Bernard Pouy

Habitué à la Noire (la série) chez Gallimard, directeur du Poulpe (la collection) chez Baleine, Jean-Bernard Pouy, cette fois, est responsable, mais pas coupable, d’une traduction chez l’Atalante : Le merle d’Arthur Keelt. Connu de Pouy et de lui seul – peut-être et pour cause – ce philologue (l’ancien nom des linguistes) n’a livré, en dehors de ses travaux professionnels, qu’un seul récit : Le merle, en allemand : Die Amsel. Pouy a des liens avec cet auteur dont il nous offre ici la seconde traduction française, il l’a invité régulièrement, « j’adore les adverbes », à visiter quelques-uns de ses livres (A sec ! et surtout Cinq nazes : autour d’une méditation d’Arthur Keelt). La première traduction, introuvable, date, selon « l’avertissement du traducteur », de 1968.

Facile ça.

Mais alors pourquoi affirmer, contre toute attente, qu’Arthur Keelt a réellement, « j’adore les adverbes », écrit Le merle ? Et que ce roman n’est pas l’oeuvre de Jibé, hauteur… au hasard : 2.277 mètres (le Hochschwab) et non écrits-vains et qui en guise de nouveau tentacule préfère s’inventer une deuxième tête de céphalopode ou une nouvelle casquette de vélocipédiste, celle de traducteur.

Faisons un détour par la question de la langue. Certes, Pouy a parlé des traductions de ses ouvrages en allemand*. Mais de là à s’essayer au jeu du « traduttore, traditore », à traduire lui-même une autre oeuvre de l’allemand au français ? Il y a un grand pas, non ?

Alors, la question se pose : Arthur Keelt ou Jean-Bernard Pouy ? Jibé vs. Arthur ? Qui a écrit ce livre ?

Passons rapidement sur la biographie de cet Arthur, comme Rimbaud*, Keelt avec un K, l’initiale du nom de Franz… Kafka ; arrêtons-nous sur les références bibliographiques et sur la photo du bandeau. Ça, le coup de la photo, c’est tout de même le plus rude.

Dans l’ordre. Une biographie, cela s’invente sans trop de souci, si ce n’est pas trop précis. Et encore : un peu de bon sens et d’imagination et l’affaire est réglée. Vous voilà avec un philologue autrichien né à Klagenfurt, Autriche, en 1902 et décédé à Paris en 1986, avec des attaches en France, au Pouliguen, pas loin de Saint-Nazaire, celui des fameux Cinq Nazes. Des amis, une fille. Normal quoi !

Un job, un vécu professionnel de même. Quelques références pas trop précises… et pourtant. Des travaux de linguistique, un roman, on s’aperçoit en recherchant dans différents catalogues de bibliothèques que ces documents existent… ou pas. Oui, oui, je suis suffisamment naïf pour avoir vérifié.

Mais alors, la photo ! On se dit, je me dis, puisque « on » est un con, une photo, c’est énorme.

Ce type dont la photo apparaît sur le bandeau doit être connu, exister tout simplement ! Ou bien le mensonge est énormément, « j’adore les adverbes », incroyable. Plus c’est gros, mieux ça passe. C’est cela, non ?

Pourquoi parle-je de mensonge : parce qu’effectivement, « j’adore les adverbes », la question se pose : Pouy n’aurait-il pas écrit ce livre ? Mais je me dit à cause de la photo qui représente quelqu’un qui ne peut pas être imaginaire puisqu’il est là sous mes yeux, je me dit que oui, décidément, « j’adore les adverbes », oui Arthur Keelt a écrit ce livre ; et non, décidément, « j’adore les adverbes », non, Jean-Bernard Pouy ne nous a pas fait un poisson d’avril douteux. Parce qu’une fois encore se pose la question de savoir pourquoi le livre est disponible le 18 mars, si proche du 1er avril, comme un poisson d’avril. Un poisson d’avril dans les Alpes autrichiennes, non ! Même s’il l’avait ramené du Pouliguen.

Je ne sais pas !

Bon, d’accord, je ne vous ai pas parlé du récit en lui-même ! En gros, c’est la fin du monde, avec, à la Pouy, des tonnes de références. Juste une : le Karl Kraus, autrichien lui aussi, dont il est régulièrement, « j’adore les adverbes », question dans cet ouvrage, a écrit une pièce qui s’intitule, je vous le donne en mille : Les Derniers jours de l’humanité.

En fait, affirmation en forme d’interrogation, à la manière octopodale, titre-tentacule poulpien qui aurait perdu son corps… de texte, je me pose la question de la paternité de ce texte, parce que Jean-Bernard Pouy :

Il est où l’hippopotame ?

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